
Nous connaîtrons dimanche le nom du premier député des îles du nord. Daniel Gibbs et Guillaume Arnell sont les deux qualifiés pour le second tour de ces élections législatives ; les autres candidats et les élus locaux ont fait part cette semaine de leur soutien à l'un des deux finalistes, et certains sont assez inattendus, comme si les convictions politiques passaient après les intérêts particuliers.
législatives
Le big bazar des consignes de vote !
Nous connaîtrons dimanche le nom du premier député des îles du nord. Daniel Gibbs et Guillaume Arnell sont les deux qualifiés pour le second tour de ces élections législatives ; les autres candidats et les élus locaux ont fait part cette semaine de leur soutien à l'un des deux finalistes, et certains sont assez inattendus, comme si les convictions politiques passaient après les intérêts particuliers.
Daniel Gibbs a obtenu 39,88% des voix au premier tour des élections législatives dans les îles du nord ; Guillaume Arnell arrive en seconde position avec 25,61% des suffrages. Le report des voix sera primordial au second tour, et les différents candidats se sont exprimés sur leurs intentions de vote pour samedi prochain. Alors que Louis Jeffry a clairement annoncé qu'il voterait pour Guillaume Arnell, Louis Mussington n'a en revanche pas souhaité donner de consigne de vote en faveur de l'un des deux candidats ; une prise de position quelque peu surprenante, beaucoup auraient pensé que le candidat soutenu par le PS local donnerait sa voix à Guillaume Arnell, dont la sensibilité politique est à gauche, comme le confirme le soutien du ministre Victorin Lurel. Autre surprise de cet entre-deux tours, le Sénateur UMP Louis-Constant Fleming, qui, contre toute attente, a appelé à voter pour Guillaume Arnell. Le Président Alain Richardson a également réaffirmé son soutien au candidat issu de son groupe RRR, ce qui est plus logique. Jacques Hamlet n'avait pour sa part fait aucune déclaration à l'heure où nous bouclions hier.
La gauche et la droite s’emmêlent
Finalement, Daniel Gibbs, qui aurait dû logiquement bénéficier des soutiens des candidats et élus de droite se retrouve comme pour les Territoriales isolé. Louis Constant Fleming, sénateur UMP a choisi de rompre avec les consignes nationales de Jean-François Copé de ne pas soutenir un candidat d’un autre parti. A ce titre, nous avons contacté l’UMP Paris, qui devrait faire connaître sa position dans les prochaines heures. Louis Jeffry, pourtant très coloré à droite, a viré à gauche pour faire obstacle à Daniel Gibbs, et enfin Jacques Hamlet est bien silencieux dans cette affaire qui le met peut-être mal à l’aise. Louis Mussington soutenu au 1er tour par le PS local et Victorin Lurel décide de son côté de ne pas se prononcer pour le candidat naturel de gauche. Décidément à Saint-Martin, personne ne tient compte des consignes nationales, le «nini» de Copé est gentiment balayé et la solidarité socialiste reléguée aux oubliettes.
Beaucoup de soutiens, donc, pour Guillaume Arnell dans cet entre-deux tours. Daniel Gibbs bénéficie pour sa part de l'appui du Sénateur Michel Magras et du Président Bruno Magras de Saint-Barthélemy.
A trois jours du second tour, nous avons recueilli les déclarations de Daniel Gibbs et de Guillaume Arnell et leurs sentiments quant à l'issue de ces élections. Au final, seuls les électeurs ont le pouvoir de faire le tri des idées et des programmes dans ce big bazar !
Interview de Daniel Gibbs
Saint-Martin's Week : Pouvez-vous commenter votre score du 1er tour ?
Daniel Gibbs : En obtenant 35% des suffrages à Saint-Martin et plus
de 65% à Saint-Barthélemy, les électeurs ont placé en tête le duo que je
forme avec Mme Miot Richard. S'ils me réjouissent, parce qu'ils
démontrent que mon combat politique trouve un écho favorable auprès des
électeurs, ces résultats doivent être abordés sans triomphalisme aucun,
mais avec humilité et lucidité, car le fort taux d'abstention prouve que
le chemin de la réconciliation de notre population avec la chose
politique est un défi de taille pour les élus. Je sais également combien
la complexité de notre circonscription peut être un frein à la
mobilisation des électeurs. La situation idéale aurait été que chacune
de nos îles puisse bénéficier de sa propre représentation à l'Assemblée
nationale. Mais les choses sont comme elles sont, je me battrai pour les
changer et pour que l'Etat respecte la parole qui l'oblige dans le
texte même de nos lois organiques. On n'a pas manqué de me railler sur
le néologisme de "Co-députée" que j'utilise pour qualifier le rôle de
Mme Miot Richard. Mais j’y tiens, car à circonscription particulière, il
faut une candidature particulière : avec le soutien du sénateur et du
président de la Collectivité de Saint-Barth, avec les forces vives de
son territoire, Mme Miot Richard portera les dossiers que
Saint-Barthélemy entend défendre. Et si elle reste toute symbolique, la
moitié du fauteuil que j'occuperai à l'Assemblée sera ainsi bel et bien
occupée par Saint-Barthélemy.
SMW : Quelle stratégie adoptez-vous pendant cet entre-deux tour pour mobiliser les électeurs ?
D.G. : J'ai félicité l'ensemble des candidats au soir du premier
tour, notamment pour la bonne tenue des débats lors de cette campagne
éclair, qui se sont déroulés en bonne intelligence et dans le respect
des individus. Je souhaite qu'il en soit de même pendant cet entre-deux
tours. Et n'en déplaise aux esprits chagrins, je me refuse à entrer dans
toutes polémiques stériles, qui n'ont pour autre conséquence que de
faire le lit du désintérêt, voire du rejet, de la population pour
l'exercice démocratique. Je m'adresse à l'ensemble des électeurs, je
n'ai pas de "stratégie" qui reposerait sur des calculs de reports de
voix ou sur des électeurs qu'il conviendrait de séduire plus que
d'autres. Mon combat n'est pas d'ambition personnelle, mais d'engagement
politique pour nos territoires. Je n'attends rien de personne, et j'en
appelle au rassemblement de tous ceux qui se retrouvent dans les valeurs
de la droite républicaine que je souhaite incarner au Palais Bourbon
bien sûr, mais également de tous ceux qui souhaitent être représentés
par un parlementaire combatif, enthousiaste et impliqué pour faire
gagner nos Îles du Nord.
SMW : Comment appréhendez-vous le second tour ?
D.G. : Rien n'est jamais joué d'avance sur le terrain politique. Le
résultat final appartient aux électeurs. J'aborde le second tour comme
j'ai abordé le premier : en allant à la rencontre de la population pour
défendre mes idées. On veut imposer cette logique qui voudrait qu'un
parlementaire siégeant sur les bancs de la majorité serait plus à même
de défendre notre circonscription. Cette logique, dont on a vu le
résultat pendant la première mandature, est simpliste. Les
problématiques qui pénalisent Saint-Martin et Saint-Barthélemy
aujourd'hui ne seront pas réglées comme par enchantement, par une
proximité d'idéologie. Non, élire un parlementaire de gauche ne fera pas
de nos îles le réceptacle des bontés de l'Etat. Ce ne sont pas les
idéologies qui décident de notre sort, mais les moyens de l'Etat, les
conjonctures et surtout l'énergie et les compétences de ceux qui nous
représentent. Nos îles n'ont pas besoin d'un député noyé dans la
majorité : sachons affirmer nos différences, nos spécificités, car la
démocratie, ce n'est pas une loterie d'intérêts.
SMW : Quelles seront vos priorités si vous êtes élu le week-end prochain ?
D.G. : Si le député est le représentant de la Nation, des
revendications territoriales fortes doivent cependant être défendues
auprès du gouvernement. Sur de nombreux dossiers - fiscalité, éducation,
devenir Européen, développement économique - nous avons perdu du temps.
Je me mettrai au travail sans attendre. Il s'agira donc, en
concertation avec nos élus locaux, nos représentants nationaux
respectifs et les forces vives de nos territoires, de préparer la
rentrée parlementaire.
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Interview de Guillaume Arnell
SMW : Pouvez-vous commenter votre score du 1er tour ?
Guillaume Arnell : Mes premières pensées seront pour les électeurs qui ont participé au scrutin, avec une mention spéciale pour ceux qui m'ont accordé la faveur de leurs suffrages. Manifestement, nous ne sommes pas arrivés à mobiliser nos électeurs. A charge pour moi de mieux convaincre, de mieux expliquer et de mobiliser les nombreux abstentionnistes. Pour ce qui est de mon score, sur St Martin, les forces s'équilibrent avec un léger avantage à mon adversaire mais la différence n'a rien de significatif. RRR peut remettre les choses dans le sens de la marche, nous en sommes capables, j'en suis convaincu. Pour ce qui relève des résultats de St Barthélemy, l'écart est significatif et explique à lui seul la différence de 15 points. Nous connaissions les forces en présence, et malgré les qualités de ma suppléante, les consignes du président ont été respectées et le jeu des partis nationaux a fonctionné.
SMW : Quelle stratégie adoptez-vous pendant cet entre-deux tour pour mobiliser les électeurs ?
G.A. : Pour mobiliser, il faudra amplifier notre travail sur le terrain, en discutant avec la population, en expliquant le sens de mon engagement et, en faisant comprendre que nous ne devons pas constituer un front anti gouvernement mais au contraire profiter de cette proximité et de la grande connaissance des territoires de notre ancien député, aujourd'hui ministre des outres Mers, pour continuer à faire progresser nos collectivités. S'agissant du report des voix, le jeu des alliances naturelles devrait se faire et, nous devrions bénéficier de la majorité des voix de gauche car nous sommes des personnes de conviction. Pour ce qui relève des autres, ceux qui ne se reconnaissent pas au travers de notre adversaire, ils devront faire leur choix en tenant compte des intérêts de nos territoires. Je tiens à revenir sur mes propos concernant les enseignants. Je n'ai aucun intérêt à me mettre les enseignants à dos, j'ai trop de respect pour cette profession. Je ne critique pas non plus les 40% ; le point qui a été évoqué concerne la surprime, payée à certains et pas aux autres. Il me semblait important de ne pas entretenir cette discrimination. D'autre part, la mesure dérogatoire ne visait pas à abaisser le niveau, mais à asseoir une certaine stabilité du corps enseignant et ainsi permettre l'accès à la profession de personnes ayant le niveau licence. A situations exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Aussi, si j'ai par incompréhension, semé le trouble dans l'esprit des enseignants, qu'ils trouvent ici l'expression de mes regrets et qu'ils acceptent mes excuses. Je n'ai que pour seule ambition, la réussite de nos élèves qui sera la fierté de nos enseignants.
SMW : Comment appréhendez-vous le second tour ?
G.A. : Ce deuxième tour est loin d'être gagné, mais, je me battrai avec mes armes, ma sincérité, mon intégrité, ma force de caractère et ma force de conviction. Mon expérience de près de 25 ans au service des autres, mes responsabilités antérieures de vice président au conseil général, d'élu municipal et aujourd'hui de vice président de la collectivité, mes nombreuses réalisations, ma connaissance du fonctionnement de nos institutions et surtout ma force de caractère et mon positionnement politique m'autorisent à croire que je serai celui qui sera le plus a même de porter la voix de nos deux territoires avec le plus de chances d'être entendu, compris et écouté.
SMW : Quelles seront vos priorités si vous êtes élu le week-end prochain ?
G.A. : Elu, je m'engage à : Obtenir la révision de la dotation de compensation pour les deux Iles. Obtenir une meilleure prise en compte de nos besoins en équipements structurants. Solliciter une mesure dérogatoire permettant à la chambre multi professionnelle d'être un guichet unique au service des entreprises. Obtenir la clarification de la question de la CSG et de la CRDS. Obtenir une meilleure prise en compte des problèmes liés à l'insularité dans les domaines essentiels tels la santé, de l'éducation, et la justice. Obtenir des garanties en matière de sécurité alimentaire et de traçabilité des aliments. Réduire la fracture numérique. Promouvoir le développement économique. Pratiquer la veille juridique avec les sénateurs. Défendre la nécessité de St Barthélemy d'avoir sa propre représentation à l'assemblée nationale.
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