Hôpital Trois cas d’oxygénation par membrane extracorporelle à Saint-Martin en deux ans
Dans la médecine de soins intensifs, ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle) désigne une technique extracorporelle pour fournir une assistance en oxygène, tant sur le plan cardiaque que respiratoire, aux patients dont le cœur et les poumons sont si gravement malades ou endommagés qu'ils ne peuvent plus assurer leur fonction. Dans une telle situation dramatique, le service de soins intensifs de l’hôpital de Saint Martin arrivait à la limite de ses capacités. De plus, le malade est intransportable. Jusqu’à une date très récente, de tels malades mouraient à Saint-Martin. Pourtant, grâce à l’ECMO, la donne a changé.
Les docteurs Jean-Paul Banos et Xavier Ledoux expliquent en effet que la première patiente à bénéficier de cette technique était une jeune femme, qui souffrait d’une forme extrêmement sévère de grippe H1N1 en décembre 2009. Elle a dû être maintenue en survie plusieurs heures à l’hôpital de Saint-Martin jusqu’à l’arrivée du Professeur Roques, chef du service chirurgie cardiaque à Fort-de-France, et de son équipe, ainsi que du dispositif ECMO. Après mise en place de la circulation extracorporelle, la patiente a été gardée toute la nuit aux soins intensifs de Saint-Martin et transportée en Martinique le lendemain matin grâce au Lear Jet de Melmik Aviation, avion rapide et pressurisé, mais aussi équipé de manière à pouvoir assurer l'alimentation électrique des machines. Du fait de la complexité des équipements et des soins de réanimation, il a fallu 75 minutes pour installer la malade et les appareils à bord. Mais cette jeune mère de trois enfants a guéri sans séquelles et a repris une vie normale.
Grâce a des relations privilégiées avec les spécialistes du CHRU de Fort-de-France, les médecins de l’hôpital de Saint-Martin peuvent maintenant valider à distance l’indication de recours à cette technique exceptionnelle. Un chirurgien cardiaque de Fort-de-France se rend auprès du malade à Saint-Martin, avec un médecin du SAMU et tout le matériel hautement spécialisé. Le 18 janvier dernier, le troisième cas d'ECMO a été réalisé sur le territoire, permettant de sauver la vie d’une jeune femme de 35 ans. En fait, les médecins de Saint-Martin et l'équipe soignante ont à leur charge d'approcher au mieux le diagnostic, ce qui suppose de réaliser notamment une échographie cardiaque. Il faut ensuite maintenir ces malades en survie « sur le fil du rasoir », au prix d'efforts intenses. La malade prise en charge le 18 janvier a bénéficié de la présence ininterrompue d'un médecin anesthésiste-réanimateur pendant plus de 16 heures. Il a enfin été possible de mettre en place la circulation et le système d'oxygénation extracorporelle dans le bloc opératoire, ce qui a permis d'assurer un débit cardiaque efficace et d'oxygéner le sang. La patiente a été ensuite transportée au CHU de Fort-de-France pour la suite des soins grâce à l'avion-ambulance de la société Jet Budget, choisie par l'hôpital pour assurer le transport des patients vers les CHU de Guadeloupe et de Martinique. Les procédures ayant été perfectionnées grâce a l'expérience de l'équipe spécialisée de Martinique, il a suffi d'un quart d'heure cette fois-ci pour embarquer la malade et tout le matériel à bord du Cessna Citation : « presque de la routine déjà ! », explique le docteur Ledoux. L’état de la patiente s'est nettement amélioré et elle devrait guérir.
Il est donc maintenant possible à Saint Martin de sauver des malades qui, jusque très récemment, étaient condamnés. Ceci est possible grâce à la mise en œuvre d'une chaîne médicale et humaine, basée sur des relations privilégiées avec le CHRU de Martinique. « Parallèlement au maintien d'une équipe médicale et soignante dynamique et motivée à Saint Martin, cette relation forte avec les équipes médicales de Fort-de-France est essentielle à la sécurité de la population de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy », explique l’équipe médicale. D’autant que le transport aérien sur 600 Km complique encore les choses. Le docteur Ledoux s’interroge cependant : « les moyens hospitaliers seront-ils maintenus pour sauver des vies ? » Telle est la question qui devrait être une des priorités de la prochaine gouvernance… C.C.-F.