Dans le cadre de la venue de la Ministre Penchard le 19 novembre pour la réunion mixte sur la coopération, le vice-président Daniel Gibbs nous a fait parvenir ce communiqué, dans lequel il donne des pistes sur le thème de la coopération inter Caraïbes. En voici la teneur :
Dans le contexte international actuel, caractérisé par un phénomène de globalisation des flux financiers, des marchés et des réseaux de communication, la Caraïbe se retrouve à la fois en terrain familier, et confrontée à des défis sans précédents. La globalisation constitue un cadre familier parce qu'à travers une histoire contemporaine douloureuse et baroque, les pays de la Caraïbe sont issus des confluences tumultueuses et conflictuelles des Amériques, de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie.
Mais dans le même temps, ce phénomène constitue un défi sans précédent, en ce qu'il conduit à une formidable accélération des schémas d'extraversion qui caractérisent les pays de la région depuis cinq siècles. Ce danger doit être pris très au sérieux dans la mesure où le sous-développement doit moins être analysé comme un retard que comme la résultante d'un système d'échanges inégaux, instaurés et perpétués au bénéfice des seuls pays industrialisés.
Alors que nous vivons de façon paradoxale et souvent conflictuelle notre double appartenance à l'espace géographique et culturel caribéen d'une part, et au système politique et économique européen d'autre part, nos voisins voient dans cette situation d'interface des potentialités qu'ils souhaiteraient explorer avec nous.
Aussi, la politique de coopération que je souhaite droit avoir pour objectif de rechercher des moyens concrets de valoriser notre position d'interface, à travers des dispositifs réalisant une synthèse dynamique de notre identité caribéenne et de notre appartenance européenne. Je suis convaincu que c'est en combinant ces deux atouts, dans le cadre d'une politique de coopération régionale axée sur le développement de la Caraïbe, que Saint-Martin pourra apporter des éléments de réponse à ses propres problèmes économiques et sociaux.
Dans le contexte de l'intégration caribéenne, les nouvelles générations de dirigeants politiques caribéens se distinguent par la conscience claire qu'ils ont de l'existence de Saint-Martin, et des possibilités que recèle la présence de ces extensions de l'Union européenne dans leur environnement géographique immédiat.
Les perspectives de partenariats sont perçues sur deux niveaux, les décideurs caribéens réalisant sans problème une synthèse entre les différentes appartenances de Saint-Martin. D'un côté, les possibilités d'accès aux marchés européens, aux ressources européennes en matière de formation ou de nouvelles technologies... De l'autre, le désir de vivre, à travers des échanges plus intenses, une véritable proximité historique et culturelle s'impose comme une évidence.
Son bilan des actions de coopérations initiées depuis 2007
Ce n'est faire injure à personne que de dire qu'à l'heure actuelle les attentes de nos voisins caribéens, de même que les potentialités que constitueraient pour nous de véritables partenariats régionaux, restent largement à l'état virtuel.
A l'heure actuelle, la plupart des actions de Coopération initiée par la majorité politique en place se borne à ne considérer que la dimension transfrontalière, du fait de la double souveraineté française et hollandaise du territoire en question. Et quand nous regardons l'existant, il ressort de l'analyse des actions présentées comme relevant de la Coopération qu'elles sont pour l'essentiel très techniques et ne porte aucun projet véritable, ni de vision d'ensemble. Il nous faut être beaucoup plus ambitieux !
Je souhaite que notre collectivité territoriale se positionne comme un véritable partenaire de nos homologues caribéennes, à travers des actions de jumelages ou des protocoles de coopération opérationnelle. L'ouverture de notre collectivité sur la Caraïbe doit être un axe prioritaire de développement, et revendiquée comme une affirmation de l'identité caribéenne de notre communauté. Si la prise en compte de la Coopération Régionale doit encore se structurer en termes de définition des objectifs stratégiques et d'articulation opérationnelle, elle doit par contre être pleinement intégrée au débat politique saint-martinois, notamment afin de clarifier avec les débats sur la question des compétences internationales de notre collectivité et de notre statut au regard de l'Union Européenne.
En souhaitant voir Saint-Martin prendre une part plus active aux politiques d'aide au développement françaises dans la région, il s'agit pour moi d'insister sur nos atouts spécifiques : proximité géographique, connivence culturelle et linguistique avec l'anglophonie et la créolophonie, similitude des problématiques de développement comme l'urbanisme ou la gestion des aléas climatiques, existence de diasporas caribéennes sur notre territoire (notamment les communautés haïtiennes, dominicaines, dominiquaises, etc.). La volonté de Saint-Martin de jouer un rôle actif dans les évolutions de son environnement géographique immédiat constitue un élément supplémentaire qui, bien intégré par les observateurs et décideurs parisiens, les conduiraient à voir dans Saint-Martin un relais potentiel de la politique de coopération française et européenne dans la zone.
Les actions menées par Daniel Gibbs en ce sens
A ce titre, je suis convaincus que notre développement à l'international passe nécessairement par la mise en place d'une structure durable, à même d'assurer le suivi des contacts, de réaliser études de marché et prospections commerciales et de permettre l'amorçage de véritables courants d'affaires.
"Les pays, dit la sagesse populaire, n'ont pas d'amis. Ils n'ont que des intérêts". Les discours humanistes qui entourent les actions de solidarité ou d'aide au développement ne peuvent masquer que la coopération est un élément essentiel des relations internationales, traduisant les préoccupations politiques, économiques et culturelles des pays qui en prennent l'initiative.
Quels sont dès lors les enjeux d'une politique de coopération saint-martinoise? A ce stade de la réflexion, un objectif découlant de l'analyse des réalités observées (diverses, contrastées et parfois conflictuelles) et subordonné à l'impératif de développement de Saint-Martin pourrait être de réaliser une synthèse entre l'affirmation d'une identité caribéenne solidaire d'une part, et l'instrumentalisation ambitieuse de notre intégration à l'Union européenne d'autre part. De cette synthèse découleront des positionnements et des modes opératoires contribuant à l'expression des potentiels économiques, humains et culturels saint-martinois à travers la réalisation de projets de développement concernant la Caraïbe.
La mobilisation des jeunes Saint-martinois(es) pour le développement de réseaux de coopération caribéens m'apparaît comme une évidente nécessité. Apportant leurs compétences et leur disponibilité, leur volonté d'engagement et leur énergie, ils doivent être placés au centre d'une politique de développement s'inscrivant nécessairement dans la durée.
Le premier des bénéfices que l'on peut attendre d'une telle politique sera que les réseaux individuels constitués à l'occasion de missions diverses, et couvrant divers pays de la région, pourront servir d'amorce à des relations économiques, politiques et culturelles dont Saint-Martin pourra tirer profit de manière certaine. Les carrières professionnelles de nos jeunes « coopérants » bénéficieront pour leur part, grâce à une expérience "précoce" et significative, d'une impulsion décisive et d'une ouverture pragmatique sur les réalités de l'environnement régional.
En conséquence, penser la Coopération Régionale de Saint-Martin devra donc être, de façon déterminante, penser le développement de dispositifs permettant la mobilisation de nos jeunes professionnels saint-martinois pour des actions concrètes aux côtés des institutions, organisations civiles et entreprises de la Caraïbe.
Les enjeux d'une politique de coopération saint-martinoise
Comme j'ai eu à le dire lors des récents événements qui ont concernés le monde du BTP saint-martinois, l'exiguïté de notre marché local et la faiblesse de la demande solvable sont des facteurs limitant le développement des entreprises à Saint-Martin. Il nous faut comprendre qu'une bonne part de la croissance de nos entreprises passera par leur capacité à se développer à l'international. Une politique de coopération économique ambitieuse serait dès lors de nature à les aider à aller dans ce sens.
La coopération économique ambitieuse que je souhaite initier doit se fixer pour objectifs le développement de courants d'affaires et la facilitation d'échanges technologiques entre les entreprises saint-martinoises et leurs homologues caribéennes. Le positionnement de « jeunes coopérants » en interface entre des entreprises de Saint-Martin et leurs homologues caribéennes, ou leur intégration au sein des institutions consulaires locales ou mixtes seront de nature à permettre la recherche efficace de complémentarités et la prospection d'opportunités d'affaires, à travers l'établissement de liens de confiance et une connaissance approfondie et opérationnelle des marchés locaux.
Je pense que divers modes d'action peuvent être retenus pour parvenir à cet objectif de développement des réseaux à finalité économique: mise à disposition d'experts techniques, permettant une amélioration des processus de production, du marketing ou des méthodes de commercialisation; missions de prospection commerciale, participation à l'organisation de manifestations à finalité économique (salons, foires...); transferts de technologies dans le cadre de prestations ponctuelles ou de joint-venture, pouvant également intégrer les pôles de compétences tels que centres de recherche, institutions de formation...
Il serait prématuré de prétendre figer ici les modalités d'une coopération économique qui, quels que soient les dispositifs et ressources mis à disposition, ne recevra de réelle impulsion que de la volonté des acteurs du monde de l'entreprise. C'est en partenariat avec ces agents économiques que devront être précisément définis les dispositifs les plus susceptibles de réaliser le potentiel de Saint-Martin en termes d'échanges avec l'espace caribéen.
Avons-nous les moyens de ces ambitions ?
La nécessité de nous doter d'un outil opérationnel s'impose pour assurer la continuité des actions de terrain et le développement de partenariats de long terme avec les pays de la Caraïbe que nous serons amenés à initier. Il est bien entendu que la définition des orientations stratégiques et le choix des actions à entreprendre relèveront de choix politiques, qui seront effectués par le Conseil Territorial et les associations du territoire. Un certain nombre de points peuvent cependant être dégagés dès à présent.
La mise en place d'une vraie commission « coopération et affaires européennes », ainsi qu'un service de la coopération (intégrée à une direction des relations internationales renforcée) constituera nécessairement un processus pragmatique et exploratoire, qui permettra au fur et à mesure de cerner les fonctionnalités les plus nécessaires, de constituer les réseaux et de détecter les ressources humaines nécessaires à son développement. Cette structure devra être également évolutive, en fonction des priorités qui lui seront fixées par ses instances de référence, des demandes qui lui seront adressées, et des résultats d'une évaluation permanente de son fonctionnement et de sa stratégie.
Pour envisager le développement de la coopération, il est nécessaire de fixer des objectifs géographiques. Si, à terme, l'ensemble de la Caraïbe est amené à devenir un terrain d'activité, il importe de fixer des objectifs pour initier l'action.
Les difficultés économiques considérables d'Haïti ne doivent pas faire oublier la réalité des potentialités économiques de ce pays. En termes de marché de consommation, au sein d'une population de presque 9 Millions d'habitants existe une classe moyenne de plusieurs centaines de milliers de personnes, dont les standards de consommation sont proches de ceux des Saint-martinois (automobile, ameublement, produits culturels). Le développement de la grande distribution, du réseau bancaire ou de celui des stations-service sont une réalité aisément observable, tout comme le boom de la construction. Il existe donc là des possibilités réelles pour la diffusion de services et de produits de haut de gamme.
(suite mercredi 9 novembre).