L'IEDOM (Institut d'émission des départements d'outre-mer) a publié le 1er septembre dernier son rapport 2009 sur l'évolution économique et sociale de Saint-Martin. Si notre île a connu une économie dégradée en 2009, il semble qu'une fragile reprise s'amorce en 2010.
L'économie Saint-Martinoise, dont l'activité avait globalement fléchi en 2008 dans le sillage de la crise américaine et d'une saison touristique en retrait, a connu une année 2009 dégradée. Le secteur clé du tourisme, victime de l'atonie du marché américain, et d'un taux de change euro/dollar défavorable, a poursuivi son repli. La fréquentation touristique de l'île, en baisse de 7,8% retrouve avec moins de 2 millions de visiteurs son niveau de 2004, et le secteur de l'hôtellerie fait état de pertes financières significatives. Le secteur du tourisme aurait cependant mieux résisté que dans l'ensemble du bassin caribéen et l'activité de croisière est restée dynamique dans la partie française. Cette détérioration a pesé sur l'activité et pénalisé le commerce. Le secteur du BTP, autre moteur de la croissance, a chuté encore plus nettement. Les demandes de permis de construire (-8,5%) et les importations de matériaux de construction (-24,5%) s'inscrivent en net repli. L'immobilier, en panne dans la partie française, n'a enregistré aucune construction d'envergure et l'attentisme des investisseurs n'a pas permis de relancer une activité historiquement très dépendante de la commande publique.
20,9% de chômeurs en plus en 2009
Le nombre de demandeurs d'emploi a progressé de 20,9% en un an, dans la continuité de la hausse de 8,2 % observée en 2008. Ils étaient 3419 en fin d'année, un niveau jamais atteint au cours de la décennie.
Face à un climat d'affaires déprimé, l'activité de crédit ne résiste pas. En fin d'année, les encours reculent de 0,6 % sur un an, tandis qu'ils progressent de 6,4 dans la nouvelle collectivité de St Barthélemy et de 0,7% en Guadeloupe. Le financement de l'investissement des entreprises apparaît particulièrement affecté, avec une chute de 16,1 % de l'encours. Les crédits à l'habitat ralentissent sans pour autant reculer (+3,6 % contre +17,1 % en 2008) et les crédits à la consommation progressent de seulement 1,5 %. S'agissant des actifs financiers, une progression notable de l'encours (+5,1%, contre +1,4 % l'année précédente) est observée, grâce essentiellement à la croissance de plus de 15% sur un an des placements liquides ou à court terme, eux-mêmes influencés par les arbitrages USD/€ opérés le plus souvent par des entreprises.
Dans ce climat morose, la place bancaire saint-martinoise a tout de même enregistré, en 2009, l'implantation d'un centre d'affaires Entreprises à Grand-Case et de trois nouveaux distributeurs automatiques de billets.
Vers une reprise lente et fragile en 2010
Les perspectives économiques du début de l'année 2010 laissent entrevoir une reprise fragile de l'activité, soumise à la poursuite du redressement de l'économie nord américaine et à la reprise annoncée du tourisme international. Le niveau historiquement élevé du chômage devrait continuer à peser sur la consommation des ménages, mais les secteurs moteurs du tourisme et du BTP devraient connaître une évolution favorable. La fréquentation touristique pourrait bénéficier d'une légère embellie : le nombre de passagers enregistrés au premier semestre 2010 progresse tant à l'aéroport de Juliana qu'à celui de Grand-Case.
Une saison des croisières prometteuse en 2010
La saison des croisières s'annonce également plus prometteuse. L'île reste l'une des destinations de croisière les plus prisées au monde et accueille depuis 2002 plus d'un million de passagers par an : en 2009, 7 % des croisiéristes ayant navigué dans la zone Caraïbes ont fait escale à Saint-Martin. L'arrivée en décembre 2009 du Wind Spirit (148 passagers), de la compagnie Windstar Cruises, qui opère à Marigot en croisière basée, symbolise à cet égard la vitalité et l'ambition de l'escale française. Ces tendances devraient être confortées par la mise en oeuvre du nouveau Schéma d'aménagement et de développement touristique 2010-2015. L'une des priorités affichée est la mise en valeur d'une identité saint-martinoise, faite d'un mélange de « french touch » et de « créolité caribéenne » et le positionnement dans le tourisme haut de gamme. Par ailleurs, les nouvelles dispositions prises fin 2009 pour assouplir les contrôles à l'entrée des ressortissants d'Amérique du Sud notamment Brésiliens, d'Amérique centrale et des Caraïbes, devraient faciliter la diversification en termes de marchés émetteurs. L'investissement, qui s'est fortement contracté en 2009, pourrait se raffermir, porté par la commande publique, dont le rôle d'entraînement apparaît primordial dans le rythme de la reprise. Les grands projets programmés, avec notamment le réservoir d'eau de Concordia, la médiathèque, la création d'une station d'épuration à Oyster Pond et la construction de deux réservoirs d'eau potable de 1 000 m3 permettant la desserte des quartiers d'Oyster Pond et d'Orléans devraient redynamiser le secteur du BTP.
A plus long terme, de grands chantiers sont également planifiés avec notamment le projet d'aménagement du front de mer, et l'ouverture d'un nouveau lycée. Enfin, parmi les projets d'envergure, on peut citer celui de la phase trois de l'extension du port, qui mobiliserait 30 à 35 millions d'euros à l'horizon 2011. Le budget de 11 millions d'euro accordé par l'Etat au titre du Plan de relance de l'économie, dont 1,5 million est consacré au tourisme, devrait soutenir ces efforts. Dans ce contexte délicat de sortie de crise, l'enjeu pour la Collectivité réside dans sa capacité à conforter rapidement ses ressources fiscales, pour accompagner pleinement son développement et assurer celui du territoire. Sources IEDOM