Cyclone Luis, 15 ans déjà... 15 ans déjà ! Le 5 septembre 1995, le cyclone Luis dévastait l'île et emportait à jamais sur son passage le Saint-Martin d'avant, si cher au coeur des Saint-Martinois... Quinze ans après, cet ouragan de force 5 - un titan des mers - est toujours bien présent dans les mémoires, et chaque saison cyclonique qui s'annonce ravive les souvenirs et l'angoisse de revivre une telle catastrophe.
Personne n'a oublié Luis, même 15 ans après, impossible d'oublier ! Ce cyclone gigantesque de catégorie 5, qui a dévasté Saint-Martin le 5 septembre 1995, est toujours bien ancré dans les mémoires de ceux qui l'ont vécu. Il y a un avant et un après Luis, et même si les grands changements qui se sont opérés à Saint-Martin dans les années 90 ont été amorcés par la guerre du Golfe, le passage de Luis a changé à jamais le paysage géographique, mais aussi socio-économique de Saint-Martin. Une pilule parfois difficile à avaler...
1995, une année pas comme les autres
Lors de la saison cyclonique 95, l'activité en zone Caraïbes a été supérieure de 30% à une année normale. Luis était la douzième tempête de la saison. Classé 4 sur l'échelle de Saffir-Simpson, avec des vents à 248km/h, Luis véhiculait avec lui plus de 600 km de diamètre de mauvais temps. Au plus fort de son passage sur nos îles, Luis s'est avéré plus près de la catégorie 5 avec des vents à plus de 300 km/h. Les Antilles n'avaient connu que deux ouragans de cette intensité: Le grand cyclone de 1928 et Hugo en 1989. Officiellement, le passage de Luis a fait 9 morts et 2000 sans-abri à Saint-Martin, mais les dégâts furent considérables. Les équipements, les habitations et la végétation ont été très durement touchés. Après le passage du phénomène, l'île n'était que désolation, un chaos sans précédent, et un choc profond pour les habitants. Une semaine plus tard, le cyclone Marilyn achevait l'oeuvre de Luis sur les îles du Nord et la Guadeloupe. Le choc psychologique causé par Luis en a touché plus d'un. Lors d'un cyclone majeur, ce sont des milliers de personnes qui sont frappées par cette souffrance, souvent liée à la perte de tout ce que l'on possède. Et elles ont été nombreuses les personnes à tout perdre avec ce satané Luis ! Sur l'eau d'abord, avec près de 300 bateaux disloqués dans la marina Port la Royale de Marigot, et sur terre, avec des commerces, des habitations, des véhicules, et les infrastructures, totalement détruits... Beaucoup sont repartis de zéro après Luis.
A t-on tiré
les leçons de Luis ?
La reconstruction de Saint-Martin après le passage du cyclone Luis a été relativement rapide. L'armée a organisé l'urgence, la commune et les habitants ont pris les choses en main, en nettoyant ce qu'ils pouvaient, dans un esprit de solidarité, qui se fait rare aujourd'hui. Quelques mois après la catastrophe, on ne voyait presque plus de traces côté français. Seule la partie hollandaise de l'île était encore stigmatisée par le passage de Luis. Les autorités néerlandaises ont été beaucoup moins réactives pour ce qui concerne la reconstruction. Un an après, il restait encore de nombreuses traces du passage du phénomène.
Si désormais, les bâtiments publics et immeubles industriels sont construits selon les exigences des normes anti-cycloniques, les constructions anarchiques (parfois sans permis de construire) ou trop près de la mer (parfois avec un permis de construire en bonne et due forme, comme sur la lagune de Baie Rouge!) ont continué de sortir de terre depuis 1995, faisant fi des éléments. Luis n'a pas suffi à une prise de conscience globale. Cependant, depuis 2007 et l'avènement de la nouvelle collectivité, les règles de l'urbanisme sont mieux respectées, car la collectivité se veut plus ferme en la matière. La régularisation des terrains de Sandy Ground, tous construits sur les 50 pas géométriques en zone inondable, pose cependant un vrai problème de sécurité. En voulant faire un geste envers les habitants de Sandy Ground, qui n'ont aucun titre de propriété valable pour occuper cette zone de lagune inondable, la collectivité prend un risque relatif...
Depuis 1995, nous observons une nette amélioration des constructions, mais trop nombreux sont ceux qui continuent à ignorer les règles élémentaires de sécurité en matière d'urbanisme.
Marilyn en 1995, George en 1998, José et Lenny en 1999, Omar en 2008, et maintenant Earl, les 6 cyclones majeurs qui ont succédé à Luis, ne l'ont heureusement jamais égalé. Par sa puissance inouïe et l'ampleur des dégâts qu'il a causé, Luis restera le cyclone de la fin du XXe siècle qui aura propulsé Saint-Martin dans une ère nouvelle. Une évolution trop rapide pour certains, nécessaire pour d'autres...
Face à la puissance des éléments, l'homme est bien peu de chose. La prudence et l'humilité sont de mise, la saison est loin d'être finie... N.L
Luis : quelques témoignages
Quelques jours après le cyclone Luis, la presse antillaise et nationale se faisait l'écho des témoignages recueillis sur place :
«Sur les 100 km2 de l'île, pas un endroit n'a été épargné, explique Harvey Viotty, employé de la commune. Il y a beaucoup de casse. Surtout en bordure de la mer, où les vagues font encore des creux de 5 mètres. Même le lagon, qui était un lieu sûr, a souffert. Plus grave, le quartier haïtien a été complètement rasé", ajoute t-il.
Le 22 septembre, après avoir prononcé un arrêté "d'interdiction de reconstruction de l'habitat précaire", la commune aidée par les forces de l'ordre et la Semsamar fait évacuer le bidonville haïtien "Popo" sur le morne de Concordia, sans laisser au millier d'habitants le temps d'emporter leurs biens. Tout est rasé à coup de bulldozers en quelques heures. Cette politique de destruction de l'habitat précaire, menée juste après le cyclone par la commune dans les quartiers de St James, Concordia et Colombier, a choqué une partie de la population. "Saint-Martin détruit l'habitat de ses étrangers comme une entreprise de maçonnerie enlève gravats et abris de ses ouvriers au moment où elle livre la construction à son client", explique un journaliste dans France Antilles.
Sur l'état de l'île, un major de gendarmerie déclare : "L'île est totalement méconnaissable, la majorité des habitations a eu, au minimum, la toiture enlevée, des cargos se trouvent à terre sèche, les quartiers haïtiens ont totalement disparu, la marina n'existe plus, certains grands hôtels sont pratiquement rasés, tous les bateaux à flot ont coulé ou ont été projetés sur le rivage : la situation est catastrophique".
Selon le maire Albert Fleming : " On trouve de tout sur les routes coupées : des casseroles, des branchages, des buffets ou des réfrigérateurs, car l'intensité des vents était telle que tout a été emporté. Même les nouveaux immeubles, construits il y a moins de cinq ans, ont perdu leurs toits ».
"Le ministère du Logement a annoncé l'octroi d'une aide d'urgence de 25 millions de francs pour faire face aux premiers besoins de logements d'urgence », annonce la préfecture de la Guadeloupe.
Juste après le cyclone, trois bâtiments de la Marine nationale étaient mis à contribution. « Un véritable train du ciel faisant appel à des hélicoptères et à des avions militaires et civils réquisitionnés, commence à quitter Pointe-à-Pitre », témoigne le France Antilles.