Le climat de ce début d'année 2010 est très atypique sur nos îles. Une forte saison sèche a démarré mi janvier sur la Guadeloupe et la Martinique. Dans le même temps, les îles du nord ont connu l'hiver le plus chaud jamais enregistré depuis que les mesures météorologiques existent. Paradoxalement, des fronts froids comme celui que nous avons connu la semaine dernière passent sur nos îles en cette fin d'hiver.
La Martinique, la Guadeloupe et les îles du nord viennent de traverser le mois de février le plus chaud depuis le début des mesures, soit il y a une cinquantaine d'années. Les températures que nous avons eues ces dernières semaines correspondent à celles d'un mois de mai.
Le mois de février était le plus sec jamais enregistré pour la Guadeloupe et la Martinique. Cette sécheresse vient aggraver la pluviométrie déjà très déficitaire des derniers mois. Et le mois de Mars est climatologiquement le mois le plus sec de l'année sur les Petites Antilles...
Février 2010 : une chaleur record sur nos îles !
Sur St Martin et St Barth, la chaleur a été exceptionnelle au mois de février : la moyenne des températures maximales (30,6°C) est supérieure de plus de 2 degrés à la normale qui est de 28,2°C et bat ainsi le record de 1987. La moyenne des températures minimales (24,4°C) égale le record de 1998. Elle est supérieure de près de 2°C à la normale qui est de 22,6°C.
La température la plus chaude atteinte le 20 février est de 32,4°C égale au record, et celle la plus basse est de 22,2°C le 22 février.
La température moyenne est de 27,5°C, soit plus de 2°C supérieur à la normale.
La température de la mer est voisine de 27°C. Elle est plus chaude d'environ 1°C que le mois de février 2009. Selon les modèles de prévisions, cette anomalie devrait se poursuivre pour le mois de mars 2010.
En Martinique, de nombreux records quotidiens de chaleur sont battus en février : 34,6°C à Ducos et 32,1°C à Fort de France le 25, 32,5°C au Lamentin le 24. Jamais Météo France n'avait dénombré autant de journées de chaleur (>30°C) pour cette époque de l'année, par exemple 27 jours aux Anses d'Arlet, alors qu'habituellement le carême est la période la plus fraîche. D'ailleurs, pour les stations de référence (Lamentin et Fort de France), la moyenne mensuelle des températures maximales (30,8°C) dépasse de plus de 2°C la normale. C'est du jamais vu !
En Guadeloupe, toutes les moyennes de températures (maximale, minimale et moyenne) sont nettement au-dessus des valeurs classiques pour un mois de février : de 1 à parfois près de 2°C selon les postes. De nombreux records de maxima pour ce mois sont établis entre le 24 et le 27 (journées les plus chaudes du mois). On peut citer notamment 32,1°C au Raizet le 25, le précédent record (31,5°C) datant du 28/02/1981.
Des pluies exceptionnellement faibles en Guadeloupe et Martinique
Les pluies sont quasi normales sur Saint-Barth et de 30 à 50% déficitaires sur Saint-Martin. Après une année 2009 particulièrement sèche sur nos îles, les grains enregistrés en début d'année ont permis de sauver la mise, même si la terre reste très sèche.
En Martinique et en Guadeloupe, la sécheresse s'installe. Un arrêté préfectoral appelle à l'économie quant à l'utilisation de l'eau.
En Martinique, depuis août 2009, il n'est tombé que 667 mm d'eau au Lamentin au lieu de 1400 mm habituellement, soit un peu moins de la moitié.
En Guadeloupe, février est aussi caractérisé par l'absence flagrante de précipitations sur l'ensemble de l'archipel. Presque partout, il manque de 80 à 95% de la pluviométrie habituelle, avec pour de très nombreux postes un nouveau record. D'ailleurs, aucune pluie ne tombe sur le poste de Versailles à Petit-Bourg, où c'est la première fois en 91 ans qu'il ne pleut pas pendant 28 jours de suite. Même les postes des sommets du massif de la Soufrière, habituellement plus arrosés, enregistrent souvent de nouveaux records, parfois absolus. En revanche, les communautés du nord sont moins touchées ce mois-ci par le manque d'eau.
Des fronts froids bien tardifs sur les îles du nord
Les îles du nord voient passer des fronts froids que l'on a plutôt l'habitude de voir en décembre ou début janvier. Il y en a eu deux au mois de février, le 12 et le 23.
Celui qui est passé le premier week-end de mars est classique dans sa conception, il s'agit d'une perturbation de climat tempéré qui passe en bordure de la zone intertropicale. On ne le voit pas à cette époque où en général l'alizé souffle fort et l'anticyclone nous protège.
Cette situation est certainement en rapport avec la présence du phénomène El Nino, un phénomène climatique qui réchauffe la surface de l'océan. La température de la mer est très inhabituellement élevée. Mais d'après René Fury, ingéneiru à Météo France, "On dispose de trop peu de données sur ce type d'événements plutôt rares pour en tirer rapidement des conclusions. On ne peut dans un premier temps que constater ces faits exceptionnels.".
"Pour l'avenir, il est très probable que si El Nino disparait, la saison cyclonique pourrait être rude.", explique René Fury, "Mais nous avons encore du temps pour analyser cela.", concluait le spécialiste. Les prochaines prévisions devraient nous en dire plus, elles seront disponibles au mois d'avril. MM